LA FILLETTE DE L'INCENDIE
Pour Tony O'Rahilly, tout commence par le violent incendie qui détruisit la mairie de Wem -une ville anglaise du comté de Shropshire- en date du 19 novembre 1995. Photographe amateur, Tony O'Rahilly se trouve sur place et, à la dérobée, derrière le cordon de police, il prend plusieurs photos du sinistre avec un appareil muni d'un téléobjectif de 200 mm. Sur le moment, il ne remarque rien d'anormal. Ce n'est qu'au développement de la pellicule qu'il découvre, sur l'un des tirages, l'étrange silhouette d'une jeune fille se tenant debout au milieu des flammes. On ne distingue que très vaguement les traits de son visage; la jeune fille se tient droite, face à la porte d'une sortie de secours. Intrigué, et à juste titre, O'Rahilly va montrer ce cliché aux pompiers : peut-être s'agit-il d'une victime oubliée de l'incendie. Or les pompiers sont formels : tous les occupants de l'immeuble ont été évacués à temps et il est impensable que quelqu'un ait franchi le cordon de police pour aller se jeter dans les flammes. Mais alors, qui est la jeune fille de la photo ?
Le tirage va être analysé par une série d'experts. Le premier sera Tony Adams, photographe en chef d'une gazette locale, le Shropshire Star. Pour ce professionnel, la photographie et le négatif sont authentiques. Son journal va donc diffuser la photo afin que la mystérieuse jeune fille soit identifiée. Personne ne reconnaîtra le visage; en revanche le journal recevra plusieurs courriers rappelant que, en 1677, la ville connut un tragique incendie dans lequel périrent plusieurs paysannes. O'Rahilly avait-il donc «capturé» l'image d'un fantôme errant depuis trois siècles ? Afin d'éventer une éventuelle supercherie, une contre-expertise va être effectuée par un photographe travaillant dans un autre journal, le Daily Express. D'emblée, ce deuxième photographe met en cause la bonne foi de O'Rahilly et déclare sèchement : « D'habitude, les faussaires font un meilleur boulot».Ce commentaire diffamant pique O'Rahilly au vif.
Il décide de soumettre sa photo à un groupe de spécialistes, l'Association pour l'Étude Scientifique des Phénomènes Inexpliqués (ASSAP). L'expert délégué par l'ASSAP, le professeur Vernon Harri-son (ancien président de la Royal Photographie Society), soutient que la photographie est exempte de trucage... mais il y relève toutefois quelques anomalies. Les plans sur lesquels se situent la tête et le corps de la jeune fille ne coïncident pas! Alors que la tête paraît se trouver devant les grilles, le corps apparaît derrière elles. L'expert remarque également qu'une sorte de ceinture, entourant la taille du personnage, se prolonge bizarrement sur un pan de mur. L'ASSAP va utiliser un ordinateur pour décrypter le cliché : cette analyse confirmera les premières observations de Harrison, qui avance alors une explication possible : « L'apparition ne serait en fait qu'un phénomène optique, résultant d'un effet d'éclairage sur des débris en flammes. »
L'ASSAP apprend peu après qu'une vidéo a été tournée par les pompiers lors de leur intervention. Un spécialiste de l'association va analyser ce document : « On voit sur la vidéo, tournée à partir de l'endroit d'où fut prise la photographie, une poutre en feu et plusieurs débris tombant du toit. Quand la lance à incendie des pompiers éteint les flammes et que la fumée se dissipe, on distingue une poutre rougeoyante derrière les grilles, exactement à l'emplacement de la silhouette.» Quant à la « ceinture » de la jeune fille, la vidéo laisse penser qu'il s'agit de tuiles en train de tomber Une poutre en feu, de la fumée et des débris... voilà les clés de l'énigme.
Tony O'Rahilly est rassuré par ces conclusions : peu importe qu'il y ait fantôme ou non sur sa photo, l'important est qu'on ne l'accuse pas de trucage.
JEU D'OPTIQUE
Pour le malheur de Tony O'Rahilly, une émission télévisée va reprendre cette affaire. O'Rahilly se souvient : « Nous sommes allés à la BBC avec la vidéo des pompiers et notre photo, mais leur opinion était déjà faite : la photographie était un faux, un point c'est tout. Selon moi, le visage est dû à un effet d'optique extraordinaire, fixé sur la pellicule en un centième de seconde. En revanche, un expert du National Photographie Muséum, sollicité par la BBC, va montrer plusieurs lignes horizontales visibles sur le visage de la jeune fille et les interprétera comme des lignes d'écran de télévision, sous-entendant que cette silhouette a été purement et simplement fabriquée sur ordinateur. Je pense que ces lignes pro-vennent certainement de l'agrandissement effectué pour les besoins de l'émission. Il n'empêche que, depuis, tout le monde me prend pour un faussaire. »
La mésaventure de Tony O'Rahilly montre qu'il faut traiter le sujet avec prudence. Un erreur d'interprétation sur un cliché ou des effets d'optiques trompeurs (double exposition, reflet d'un flash sur des surfaces réfléchissantes, etc.) peuvent déchaîner la calomnie de sceptiques qui n'y verront que trucage... même si de nombreuses photos spectrales demeurent techniquement inexplicables. Car, comme le souligne un spécialiste de ces questions : « Si les fantômes se manifestent dans le spectre électromagnétique, alors l'appareil photo peut effectivement enregistrer ce que l'oeil d'un observateur ne peut voir. »
source:strange.com